mardi 26 novembre 2013

La colo

La colo




Ah la colo ! On aime ou on n’aime pas.
Ma première colonie, c'était en Angleterre, une semaine, sur les traces de Jack l'éventreur à Londres.
Socialement, c'est encore un défi. Il se passe en une semaine ce qu'il se passe en une année au collège. Soit on fait partie de ceux qui sont devant, soit de ceux qui sont derrière !
J'y ai trouvé un groupe de nanas. Parmi elle, une « de derrière » et deux « de devant ».
En tant que personnes pleines de gaîté et socialement comblée, elles n'ont pas hésité à laisser derrière elles notre dernière amie...
Je devais choisir. Et j'ai été écorchée de dire à mes deux copines « Ne me laissez pas avec ce boulet ».
Mais je devais avancer, et être acceptée. Je me l'étais promis. Je commençais mon ascension « devant ».
La colo suivante, ça a été la Grèce. Mais cette fois, je savais faire partie d'un groupe sans en dépendre.
Là-bas, on était séparés en deux. Deux groupes. On a eu des soucis d'hygiène et de santé. C'était un été de canicule. Les monos étaient irresponsables. Elles allaient boire des coups et nous laissaient seuls dans une maison avec des mecs qui frappaient aux portes, on a pris trois douches en trois semaines, on a fait plusieurs insolations à manger de la salade avant de faire 3h de kayak au soleil, sans parler d’hypoglycémie. On a marché 9km avec 50cl d'eau pour deux... Par la suite j'ai appris qu'elles s'étaient fait renvoyer. Nous n'avions que quinze ans.
Mais la dureté de ce voyage, m'a renforcée encore. J'ai pris goût à cette douleur. La marche ; la chaleur. Aller au bout de soi. Le fait de savoir quand on a mal quelque part, pourquoi, et que c'est parce qu'on l'a voulu aussi. J'avais aimé marché. J’avais appris de moi. Je voulais recommencer.
Mais à cette colo, j'ai connu mon premier lien karmique. Un lien karmique, c'est selon les croyances, une personne rencontrée dans une vie précédente avec laquelle nous partageons un karma commun à réaliser. En fait, ce sont ces personnes où tout sentiment se mélange ( ???). On ne distingue pas l'amour, l'amitié, la fraternité et la souffrance ou la haine. Et si l'on choisit l'un de ces piliers relationnels pour avancer, on est sans cesse frustré. Ce sont ces relations qui ne sont pas comme les autres. Passionnelles et destructrices.
Ma troisième colonie se passait dans l'Aveyron. Moins exotique que les autres mais dure émotionnellement aussi.
C'était une colo de théâtre, et nous reprenions Cyrano de Bergerac. Trop de colons, pas assez de personnages, je partageais le mien, le comte de Guiche, avec le comte de Gauche, inventé.
Deux personnages pour une personne, comme deux jumeaux. Ce fut aussi fort par la suite.
Mon compagnon de pièce était Julien. Il devint une des plus grosses douleurs relationnelles que j'ai vécues. Et pourtant, ce n'était que sur un pilier amical. « Que ».
Il devint mon frère, ou une âme sœur. La fraternité et l'amitié se mélangeaient. Je ressentais comme une moitié de moi vivre dans un autre corps avec un autre cœur qui battait à l'unisson du mien.
Il habitait l'Alsace, et moi le centre. Lorsque la colo fut finie, la déchirure fut terrible. Nous voulions écrire un roman reprenant deux personnages fantastiques qui seraient unis sans le savoir, par le sang et la prophétie d'un monde inconnu. J'avais commencé l'histoire mais il ne la finit jamais. Il se détacha, et je m'attachais. Le lien s'était rompu, et je fis l'erreur de le vouloir attaché durant six années, six années bercées d’illusions, et de souffrance. Et le comble de l'ironie a été d'aller habiter en Alsace par la suite, le revoir, et renforcer ce mensonge en moi, cette frustration.
Aujourd'hui, j'ai toujours cette histoire au fond de moi, que j'essaye d'écrire, de continuer. Avec d'autres amis, ou seule. Mais peut-être est-elle faite pour ne pas se finir. Nous verrons plus tard.
La dernière colo, je vous réserve l'histoire pour plus tard ! Contrairement à celle-ci, ce fut la plus belle relation de ma vie.

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