Saint
Amand Montrond.
Je suis rentrée en
école de bijouterie pour avoir mon CAP en 2007. C'était à Saint
Amand Montrond. (cher, 18, France)..
La première année, on nous a apprit chaque technique de sciage,
limage, soudures etc... Les pièces que l'on devait faire, on savait
qu'on les recommencerait toutes un bon paquet de fois chacune. La
première, je l'ai recommencé plus d'une dizaine de fois. J'étais
pas spécialement douée, mais au fur et à mesure de l'année je me
suis défendue. Ma moyenne en atelier était de 12 ou 13. Des fois
14. Ma moyenne générale était de 15 16 voir 17. J'étais souvent
la meilleure de ma classe cette année là. Et déléguée. Bref, je
me sentais m'investir totalement dans mon école et mes projets de
vie. On avait un journal, au lycée, dirigé par le professeur de
Français dont je terrais le nom. Je m'étais également présentée
pour faire partie du groupe de rédaction de ce journal. Et j'y étais
parvenue.Ce journal est important, car notre professeur de français nous présentait des gens qui étaient engagés, ou qui avaient un lien fort avec la bijouterie.
Ainsi, un jour nous avions reçu pour une petite conférence Mireille Boisson, coordonnatrice nationale pour le Myanmar (ex-Birmanie) de l’ONG Amnesty International. Durant cette petite conférence devant tous les premières années, elle nous parle alors des pierres précieuses de Birmanie. Bien sûr, on connaît le roman de Joseph Kessel, « La vallée des rubis » qui a présenté au monde entier les mines des fameux rubis de Mogok… Rubis du sang exploitée aujourd’hui pour le compte de la junte birmane, conditions de travail inimaginables telles que nous les raconte Mireille Boisson : « les mines de rubis exploitées par les militaires où les travailleurs reçoivent pour seul et unique repas une injection d’héroïne pour tenir le coup… tout ça avec la même aiguille, et le discours officiel comme quoi le sida n’existe pas en Birmanie ! » Officiellement, comme pour les diamants du sang contrôlés depuis le processus de Kimberley, les rubis extraits des mines birmanes sont boycottés et interdits dans de nombreux pays… Mais, beaucoup de fournisseurs de pierres se justifient encore à devoir écouler d’anciens stocks, ou à les acheter avec le label thaïlandais ! En effet, les rubis bruts traversent la frontière, sont achetés, taillés et polis en Thaïlande… et arrivent ensuite sur les marchés internationaux sans référence à la Birmanie ! La situation est identique pour le jade dont la Birmanie est un des principaux producteurs.
En tant que première année fraîchement débarquée, et après avoir effectué un stage dans une entreprise qui m'a dit acheter ses rubis en Thaïlande, (je lui ai donc raconté cette fameuse historie mais bien sûr il n'était au courant de rien...), après avoir fait tout un truc sur le film Blood Diamond et ses guerres civiles à cause du diamant de sang de Sierra Leone, et j'en passe, je me suis dit petit à petit, D'accord, bijouterie. Soit je deviens journaliste dans la bijouterie, soit je serais bijoutière. Mais si je suis bijoutière, je n'utiliserais pas de rubis, pas de diamant etc... On peut faire une belle joaillerie avec des matériaux semi-précieux.
J'avais 17ans.
Puis je suis tombée malade cette année là. J'ai eu une mononucléose. Pas très grave cependant, mais je n'aurais pas dû rester au lycée. Mais si je loupais trop de cours, le BMA me serait fermé! Car à ce moment là, (je crois que depuis ça a changé) 30personnes sur 60 accédait au BMA. Je devais être dans la meilleure moitié, et pas avoir trop d'absences. Donc je me suis gavée de Doliprane, j'ai prévenu certains de mes profs dont ceux d'atelier. Je dormais entre midi et deux, aux récrés. Et lorsque je finissais mes pièces d'atelier, je dormais également. Discrètement. Mais mes professeurs savaient, et m’autorisait. Ça a été une grossière erreur. J'aurais vraiment dû rester chez moi!
En deuxième année, mes notes restaient correctes. Mais mon comportement ne leur plaisait pas. Pourquoi? Car je défendais des valeurs qui ne correspondaient pas aux leurs. Je m'explique par un exemple.
En atelier, on doit toujours attacher ses cheveux. Normal. Une amie à moi avait des cheveux bouclés, déstructurés. Sa seule façon de les tenir était de faire une coiffe africaine, (le bandeau suffisait pas sinon elle était sanctionnée quand même en atelier). Elle était anorexique, et c'est important de le préciser, car lorsqu'elle est rentrée un jour dans la cantine, elle s'est fait jetée. Pour une question de laïcité, et de couvre chef. Je l'ai défendue, brandissant les droits de l'homme, le fait que c'était pas un signe religieux, ni un couvre chef, mais bien une coiffure africaine. ça n'a rien changé.
Autre fait, j'ai dit à haute voix que mes projets n'étaient pas paris, Vendôme. Mais une petite bijouterie de matériaux semi-précieux. Je voulais travailler le bois, l'os, le corozo, le métal bien sûr. Mais pas en haute joaillerie.
Au deuxième trimestre, lors du conseil de classe, on me dit "apte pour le BMA.
Je me réjouis!!
Au troisième trimestre, je suis 14ème sur liste d'attente. et 21ème sur liste d'attente de l'option "joaillerie" sur un an.
Je me dis "merde, qu'est ce que c'est que ce délire!" Mon amie elle, était 13ème sur LA du BMA.
Je questionne donc tous mes profs, pour comprendre, car j'étais apte en 2eme trimestre, j'avais une excellente moyenne etc.. Ce qui est ressorti, c'est que j'avais dormi en classe... En 1ère année!!
Et ce qui me révoltait encore plus, c'est que d'autres, qui avait
8 ou 9 de moyenne, qui avaient été recalés le trimestre précédent,
qui devaient même penser à une réorientation, qui ont triché
durant les ateliers, se faisant aidés par les meilleurs pour
augmenter un peu les notes, eux, sont passé directement en BMA.J'étais révoltée. Perdue.
On doit pas ouvrir sa gueule dans les écoles apparemment...
Lorsque le 10ème sur liste d'attente est passé en BMA, j'ai reçu une lettre pour dire que j'étais 6ème. Ils m'avaient donc reculés encore. C'est illégal.
L'affaire est remonté jusqu'au médiateur de l'éducation. Mais qui n'a rien pu faire car l'école était en droit de refuser tout justificatif concernant le classement des admissions, qui concernaient les autres élèves.
Je suis restée à St Amand un an de plus, à ne rien faire. J'ai fait une dépression. Puis j'ai enfin fait un stage dans le sud où j'ai appris à tailler l'os, le corozo, les pierres semi- précieuses.
Mais c'était trop tard. Un simple CAP, puis plusieurs années écoulées sans pratiquer...
Aujourd'hui je suis thérapeute en médecine chinoise et dans les médecines parallèles. Je suis aussi litho-thérapeute. Je créé des bijoux artisanaux, à base de perles de minéraux et je n'ai qu'à magner la pince pour les fabriquer.
Mais j'ai perdu toute envie de me battre pour la bijouterie.
Pourtant, elle me manque... Mais c'est ainsi.

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