La
rupture.
Il était un paradoxe. Spirituel dans
les actes et cartésien dans les mots. Ou spirituel dans les mots, et
cartésien dans les actes. Là-bas, les
deux se mélangent et cohabitent. Mais pas en lui. En lui, c'était
le déluge. Un magnifique déluge. Il connaissait les épreuves de la
vie. Il savait vivre les épreuves de la vie. Il semblait sage et
enfantin.
Il n'avait pas peur. Il n'avait pas de
doute. Il vivait le présent.
J'ai eu de la peur, j'ai eu des doutes,
mais j'ai appris le présent.
Lorsque j'avais mal, à mon corps, de
marcher, et que j'avais mal à mon esprit, d'être fatiguée,
je voulais m'arrêter, je voulais ne pas faire d'effort. Mais je
faisais un trek. J'étais paresseuse. Lorsque je pouvais prendre la
voiture, ou le cheval pour avancer, mon corps voulait se précipiter
dessus. Mais mon esprit voulait avancer.
Lorsque j'avais mal au corps, et à
l'esprit, j'empoignais son sac à dos, il il
(supprime le doublon) m'aidait à marcher. Lorsque j'avais mal
au corps et à l'esprit, il restait derrière, à mes côtés, pour
m'aider.
Et lorsque j'allais bien, il n'arrivait
pas à rester loin. Nous marchions ensemble pratiquement en
permanence. Plus le temps passait, plus nous ne pouvions nous
séparer. J'apprenais de la vie, il apprenait de ses émotions.
J 'apprenais la philosophie bouddhiste, j'apprenais le
détachement, j'apprenais la relation humaine, j'apprenais d'autres
points de vue. Il apprenait à ressentir, à s'écouter, à vivre une
émotion nouvelle.
Nous ressentions tous les deux de
nouvelles émotions. Un ultime lien karmique. Un ultime lien de
détachement.
Apprendre le détachement à 8000km de
distance. Mais pas tout de suite, dans le présent, il y avait
d'abord l'attachement...
La culture ne permet pas de se montrer
avec une fille, et se cacher donnait à la fois une frustration et un
jardin dont personne ne trouverait la clé.
La première nuit m'a fait peur. Mais
elle m'a guérie.
Les suivantes... ne me faisaient
plus peur.
J'ai connu le tantrisme et l'amour
simultanément. Non pas l'un après l'autre, mais bel et bien en même
temps. Différents.
J'avais un peu de moi en lui, dans sa
dualité, et vice-versa. Et nous étions
différents, dans sa peur de ressentir
et la façon de le faire.
Et bien sûr dans nos cultures...
Et dans la culture de la relation.
Je n'ai jamais vécu un partage si
enrichissant. J'ai connu en une seule seconde, un sentiment qui
pouvait rassembler la découverte, la joie, le rire, la peur,
l'amour, le désir, l'agacement, la tristesse, l'attachement et le
détachement, et tout ça en même temps.
Lorsque je suis partie, j'ai senti un
morceau de cœur s'arracher. J'ai eu mal quelques jours.
J'ai cicatrisé quelques semaines. J'ai
coupé le lien au bout d'un mois. J'aurais une trace toute ma vie.
Quelques fois douloureuse, quelques
fois joyeuse.
On décide toujours de vivre les choses
d'une belle ou d'une triste façon. Car si la façon est triste,
c'est que l'on n'assume pas ses choix. Si l'on ne vit pas les choses
d'une belle façon, c'est que nous ne comprenons pas.
Quelque fois, ce sont de bons
sentiments, car je ne voudrais pour rien au monde, perdre ce
souvenir. Ce sont de bons sentiments car je serais toujours heureuse
d'avoir vécu si belle relation.
Quelques fois,
ce sont de tristes émotions, car elles appartiennent au passé. Et
n'ont pas leur place dans le présent. Mais s'en rappeler, quand mon
corps s'en souvient, la tristesse est belle et emplie d'amour.
J'aurais toujours cet amour en moi. Si grand, qu'il sera donné à
tous. Jusqu'au bout du temps.
Merci pour tout ça.
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