mardi 26 novembre 2013

La rupture.

La rupture.

J'ai rencontré une personne au Ladakh. Elle était à la fois comme moi et tout son contraire.
Il était un paradoxe. Spirituel dans les actes et cartésien dans les mots. Ou spirituel dans les mots, et cartésien dans les actes. Là-bas, les deux se mélangent et cohabitent. Mais pas en lui. En lui, c'était le déluge. Un magnifique déluge. Il connaissait les épreuves de la vie. Il savait vivre les épreuves de la vie. Il semblait sage et enfantin.
Il n'avait pas peur. Il n'avait pas de doute. Il vivait le présent.
J'ai eu de la peur, j'ai eu des doutes, mais j'ai appris le présent.
Lorsque j'avais mal, à mon corps, de marcher, et que j'avais mal à mon esprit, d'être fatiguée, je voulais m'arrêter, je voulais ne pas faire d'effort. Mais je faisais un trek. J'étais paresseuse. Lorsque je pouvais prendre la voiture, ou le cheval pour avancer, mon corps voulait se précipiter dessus. Mais mon esprit voulait avancer.
Lorsque j'avais mal au corps, et à l'esprit, j'empoignais son sac à dos, il il (supprime le doublon) m'aidait à marcher. Lorsque j'avais mal au corps et à l'esprit, il restait derrière, à mes côtés, pour m'aider.
Et lorsque j'allais bien, il n'arrivait pas à rester loin. Nous marchions ensemble pratiquement en permanence. Plus le temps passait, plus nous ne pouvions nous séparer. J'apprenais de la vie, il apprenait de ses émotions. J 'apprenais la philosophie bouddhiste, j'apprenais le détachement, j'apprenais la relation humaine, j'apprenais d'autres points de vue. Il apprenait à ressentir, à s'écouter, à vivre une émotion nouvelle.
Nous ressentions tous les deux de nouvelles émotions. Un ultime lien karmique. Un ultime lien de détachement.
Apprendre le détachement à 8000km de distance. Mais pas tout de suite, dans le présent, il y avait d'abord l'attachement...
La culture ne permet pas de se montrer avec une fille, et se cacher donnait à la fois une frustration et un jardin dont personne ne trouverait la clé.
La première nuit m'a fait peur. Mais elle m'a guérie.
Les suivantes... ne me faisaient plus peur.
J'ai connu le tantrisme et l'amour simultanément. Non pas l'un après l'autre, mais bel et bien en même temps. Différents.
J'avais un peu de moi en lui, dans sa dualité, et vice-versa. Et nous étions différents, dans sa peur de ressentir et la façon de le faire.
Et bien sûr dans nos cultures... Et dans la culture de la relation.
Je n'ai jamais vécu un partage si enrichissant. J'ai connu en une seule seconde, un sentiment qui pouvait rassembler la découverte, la joie, le rire, la peur, l'amour, le désir, l'agacement, la tristesse, l'attachement et le détachement, et tout ça en même temps.
Lorsque je suis partie, j'ai senti un morceau de cœur s'arracher. J'ai eu mal quelques jours.
J'ai cicatrisé quelques semaines. J'ai coupé le lien au bout d'un mois. J'aurais une trace toute ma vie. Quelques fois douloureuse, quelques fois joyeuse.
On décide toujours de vivre les choses d'une belle ou d'une triste façon. Car si la façon est triste, c'est que l'on n'assume pas ses choix. Si l'on ne vit pas les choses d'une belle façon, c'est que nous ne comprenons pas.
Quelque fois, ce sont de bons sentiments, car je ne voudrais pour rien au monde, perdre ce souvenir. Ce sont de bons sentiments car je serais toujours heureuse d'avoir vécu si belle relation.
Quelques fois, ce sont de tristes émotions, car elles appartiennent au passé. Et n'ont pas leur place dans le présent. Mais s'en rappeler, quand mon corps s'en souvient, la tristesse est belle et emplie d'amour. J'aurais toujours cet amour en moi. Si grand, qu'il sera donné à tous. Jusqu'au bout du temps.
Merci pour tout ça.

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