La
Vieillesse
On nous voit comme
les racines d'une famille, les films vivant d'une histoire. Mais nous
sommes encore des enfants... Plus que jamais. Ce que l'on ne dit pas,
c'est que nous sommes toujours aussi jeunes, tellement aussi apeurés,
tellement aussi émotifs. Nous le vivons avec juste davantage
d'acceptation. Mais ce que vous ignorez, c'est que nous n'avons pas
le choix, de l'avoir cette sagesse.
Il est un jour qui
arrive, et qui arrive trop vite, ou trop lentement, où on devient
grand parent. Où nos cheveux blancs recouvre nos têtes. Il arrive
un jour, où on regarde derrière soi. La première moitié de la vie
est passée, et nous, on se retrouve là, sans avoir vraiment changé.
La différence entre
vous et nous les vieux, c'est que l'on pense changer toute sa vie, et
lorsque l'on se réveille vieux, on découvre ce qui n'a jamais
changé. On devient l'enfant intérieur. Vous savez, cet enfant
innocent, sage... Celui que l'on recherche toute sa vie ; mais
qui se révèle si différent de ce que l'on imaginait... Et puis on
regarde toute sa vie derrière soi. Avec ses yeux d'enfant. D'enfant
vieux. Parce qu'alors, on se sent tout petit.
On regarde sa vie,
que l'on a construit. Et alors on se dit « Alors c'était ça
ma vie. » Comme lorsqu'on fait l'amour la première fois, et
que l'on se dit « Alors c'était ça ». Comme lorsqu'on
se marie, et que l'on se dit « ça y est ». On regarde
alors son vieux mari en se disant « Alors c'était lui ? ».
Ou bien, si l'on a pas connu cet amour, « alors, je ne le
verrai pas ? Je ne connaîtrai pas cet amour qui fait que si
l'on meurt vieux, c'est ensemble ? ».
On regarde sa vie en
se disant, « Alors, c'était ça ma vie. Voilà ce que j'ai
réalisé. » Mais qu'est ce qu'on a vraiment réalisé ?
Comment vont nos enfants ? Et leurs enfants ? Et puis on
les comble de cadeaux parce que, nous, on adorait les recevoir, où
on aurait tant aimé être si gâté. Et puis on aime, oh oui on
aime, parce qu'il ne reste plus que cela, d'aimer ces petites vies
que l'on a un peu créées, indirectement... On ne peut qu'être
content. On se suffit à notre propre reconnaissance. Le regret
n'apporte plus rien. Le temps n'est plus là. La vie est faite. Et
restera comme ça. Alors on donne tout l'amour qu'il nous reste.
Parce que nous, les
vieux, on a plein d'énergie, une énergie que vous ne connaissez pas
encore. Vous, vous courrez, vous vous essoufflez, vous restez assis,
vous mettez debout, bougez sans cesse. Vous avez mal au dos, mais
continuez de courir. Mais ce n'est pas l'énergie, ça. Nous, nous ne
pouvons plus. Nous n'avons plus vraiment mal, mais notre corps
s'habitue. Notre esprit, s'embrouille mais notre énergie est autre.
Un jour arrive où notre corps, ou bien notre esprit se mêle à
cette vieille terre. Et on comprend alors cette vieille terre, qui
reste là et qui accepte. Mais qui bouge bien trop lentement. Et
pourtant qui vous aime tant.. On devient comme cette bonne vieille
terre. On se mêle à elle, et on se perd en tant qu'individu. En
tant qu'unité. C'est ce qu'appellent les bouddhistes le détachement.
Ne cherchez pas trop vite à l'atteindre. Il arrivera quand vous
vieillirez.
Quand vous pourrez
qu'accepter la vie passée. Quand lorsque l'on vous demandera
« Qu'as-tu vécu », il sera trop long de tout dire, trop
fastidieux de tout raconter. Car les mots n'importeront plus, et la
reconnaissance non plus, car la terre, elle, sait. Et que ça suffit.
Que chacun y verra sa vie, en temps voulu...Nous avons tant vécu,
et tellement plus rien à dire.
Mais non, ce n'est
pas triste. C'est si beau ; Parce que ce que vous, vous voyez
comme douleur, pour nous, c'est comme un soulagement. Nos poids
partent. Des fois, c'est un peu nostalgique, mais en fait, c'est
assez beau. Les poids partent. On ne se demande plus si on fait bien,
ou mal. On a fait. C'est fait. Après, c'est facile. Il suffit
d'aimer, pour se préparer à partir en paix. Il suffit d'aimer pour
que les suivants puissent aimer plus tard à leur tour. Nous ne
sommes plus des vagues, nous sommes l'eau. Nous ne sommes plus un
arbre parmi d'autre. Nous sommes la terre. Et il nous faut laisser,
ce jour où l'on devient vieux, le meilleur pour ces petits arbres
derrière nous.
Ne prenez pas nos
douleurs physiques comme des plaies, ni nos rides pour de la fatigue,
et encore moins nos pertes de mémoire comme contrainte. Parce que la
terre, elle, n'oublie pas. Alors, si nous on oublie, c'est bien
aussi.
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