Quête de vision
Ce
que je vais vous raconter est un rêve.
La
dernière fois que j'étais parmi vous, je me rendais au parc
parisien de Walt Disney afin de retrouver le monde merveilleux de mon
enfance en famille. Je ne me souviens même pas en avoir franchi les
barrières. Seulement du vendeur de billets, d'une trentaine d'année,
brun, un charisme exceptionnel, mal rasé, des yeux clairs qui
semblaient connaître un pays lointain. Et des choses lointaines.
Je
me suis réveillée sous une chaleur pesante, comme giflée par une
lumière étouffante sur un sol dur et griffant. Mes yeux embués ne
percevaient rien d'autre que cet éblouissement brûlant.
Puis je sentis que l'on me traînait
par les épaules. Une voix sourde s'y repris à plusieurs fois pour
me demander
« Eh?
Ça va? Tu m'entends? Halo? Eh Oh!!! Tu es réveillée? »
Une
voix d'homme? Non.....Jeune alors... Je n'en sait rien. Ah.... Je
n'ai plus cette lumière devant moi. Je me sens à l'ombre. C'est
bien mieux... mieux... Un homme? Pourquoi je dors? Pourquoi il fait
chaud? Je devrais être où normalement? Peur.... Réveille toi,
regarde les , réveille toi, ouvre ces yeux!!! Lumière, chaleur, sol
dur... Des dalles, je vois des dalles au sol, du sable... Ma bouche,
elle est collée! Je peux pas l'ouvrir!! Douleur... Non garde les
yeux ouverts... De la pierre... Et du sable... Quelqu'un... Est ce
qu'il y a quelqu'un?
«
Eh la miss, réveille toi. Ça va, ça va, je te met assise, te
débats pas comme ça, fait bien trop chaud.. Putain... C'est quoi ce
délire.... Tu peux parler? »
Je
lui fis signe que non. Il avait un air aussi paniqué que le miens
bien que pragmatique. Ses cheveux bruns lui arrivaient à la nuque,
je n'avais pas vu la couleur de ses yeux. Il semblait chercher
quelque chose autour de lui, mais ne s'aventurait pas au soleil.
« Ça
va aller? » me demanda t-il en revenant vers moi. Mon signe de
tête était plus intentionnel que réussi, mes membres semblaient
tous engourdis, et le moindre mouvement réveillaient des douleurs
dans le reste du corps.. J'essayais d'humidifier ma gorge durant
plusieurs minutes sans beaucoup de succès... J'aurais voulu poser
milles questions mais il m'était impossible d'émettre le moindre
son et le moindre mouvement... Mais ma vue s'habituait peu à peu à
cet endroit. Et je vis trois autres personnes allongée là. Une
fille se réveillait et le jeune homme s'acharnait à lui demander si
elle pouvait parler, mais seule sa panique ressortait de son visage
et de ses muscles endoloris.
Les
deux autres dormaient encore.
J'essayais
de bouger peu à peu, encore et toujours, même si le moindre
mouvement me coutait bien plus d'énergie que je ne pouvais en
recevoir. La panique était là, omniprésente en moi, en nous je
crois, et personne ne pouvait l'extérioriser, à part lui. Qui était
il? Pourquoi s'il pouvait parler ne disait il pas s'il savait quelque
chose!
Mes
mains et mes pieds commencèrent alors à retrouver leur fonctions.
Il en était plus dur pour les jambes, mais mes bras y parvinrent
plus facilement. Bien qu'il fallut du temps. Quand à ma bouche
pâteuse, je réussi enfin à décoller ma langue du palais.
L'articulation de la mâchoire était bien trop crispée. Le fait de
pouvoir reprendre un minimum même très lentement conscience de mon
corps me détendit.
Je
n'y avait pas fait vraiment attention jusque là mais tout le monde
s'était réveillé. Et tout le monde s'était assis. Il y avait un
autre jeune homme de plus petite taille, les cheveux très court
presque rasés. Une fille blonde et menue, et une petite brune dont
le premier jeune homme s'occupait.
J'émis
un son rauque et pas très sûr de moi, alors que mes dents se
décollaient les unes des autres. Il vint alors vers moi, avec sa
question habituelle « tu peux parler? »
En
guise de réponse, un froncement de sourcils et un coup de menton
vers lui... Tu pouvais toi. Éclaire nous. S'il te plaît.
« Euh...
Putain, ben je me suis réveillé ici aussi, j'allais sortir faire
des courses et... putain...Je m'appelle Neal. Et euh.. Je sais pas ce
qui se passe, putain. »
Il
paniquait. Mais maintenant je savais qu'il avait les yeux verts.
Faible réconfort..
Qu'est
ce que c'était ce foutu bordel.... Maman...
Maman...
C'est à ce moment qu'on se rend compte que même elle ne pourrait
pas me sauver. Nous sauver. Pas même l'esprit de La Grande Maman...
Je
pus petit a petit regarder autour de moi. Et lorsque je posais mes
yeux sur le mur derrière moi, je vis dans la fente de la pierre un
désert qui s'étendait à l'infini. Nous étions dans une sorrte de
temple en ruine, détruit par le temps, à l'ombre d'une roche en
décomposition, au milieu d'un océan de sable, sous une chaleur
écrasante. Et sans eau.
Neal
s'éloigna, et traversa enfin la zone ensoleillée pour rejoindre une
autre zone d'ombre qui semblait descendre davantage dans les
profondeur du temple.
Lorsqu'il
revint j'avais réussi à me relever et émettre quelques sons. La
fille brune également, bien que nous restions tous apeurés les uns
des autres. L'autre jeune homme s'évertuait à commander ses jambes
et la blondinette semblait sonnée. Il revint en courant, à bout de
force, son t-shirt dans les mains gonflé par un liquide transparent
qui s'écoulait sur le sol.
« de
l'eau de l'eau! Vite! » Il s'approcha d'abord de la blonde
et lui fit boire et humidifia son front. Puis l'autre jeune homme qui
ne pouvait encore bouger. Enfin la petite brune et moi. Il épongea
son t shirt sur son crane. Le peu qu'il eut été au soleil lui avait
marqué des cloques sur le front et sur les épaules. Il semblait
épuisé et s'assit près de nous tous.
« Ju-lie. Sais-rien. Je-sais-rien. » La petite brune nous regardait d'un air perdu. Julie.
« Ju-lie. Sais-rien. Je-sais-rien. » La petite brune nous regardait d'un air perdu. Julie.
« Sacha »
articulais-je.
« Lau...lau-rent. »
balbutia l'autre jeune homme qui parvenait enfin a bouger ses jambes.
Il avait une carrure plutôt musclée, une allure qui aurait donnée
l'impression d'une confiance en lui. Un peu macho, un peu bagarreur.
Quand
à la blondinette, elle reprenait connaissance petit à petit. C'est
Julie et moi qui allions la voir. Neal semblait épuisé.
Nous
mîmes à peu près ce qui nous semblait l'après midi à tous nous
remettre sur pied, restant le plus possible à l'ombre. La jeune
fille blonde s'appelait caroline et peinait encore à tenir sur ses
jambes et semblait complètement paniquée. Nous l'étions tous.
Dès
que le soleil commença à regagner l'horizon, nous nous dirigeâmes
dans les sous bassement du temple ou Neal avait trouvé de l'eau. Ce
n'était qu'une pièce sombre aux parois à moitié écroulées. Il
n'y avait aucun couloir à suivre. Simplement une pièce avec un
reste de puits. Comment l'eau était restée là, avec cette chaleur,
au milieu du désert, cela resterait mystérieux. L'atmosphère était
pesante mais plus fraîche qu'à la surface. Nous nous abreuvâmes,
et Laurent trouva des pots de terre cuits qu'il remplit de cette eau
sombre.
« Dès
que le temps le permettra je propose qu'on longe le temple. Il ne
doit pas être si long que cela. Ainsi on pourra voir si il y a une
ville autour, ou quelque chose. A vrai dire on a rien d'autre a
faire... On emporte les pots d'eau avec nous et on longe le mur
droit. Vous êtes ok? »
Sa
vois était faible et il n'était pas convaincu de cette idée,
l'idée de marcher n'enchantait personne mais l'instinct de survie ne
nous donnait pas d'autres choix.
La
nuit tomba lentement, nous pûmes commencer à entreprendre notre
périple lorsque le ciel sombrait lentement. A travers les pierres
branlantes et le sable brûlant
qui s'infiltrait dans nos chaussures trempées de sueurs, nous
longeâmes le mur intérieur droit du temple qui nous offrait un peu
d'ombre. Je n'aurais sût dire la température de ce four géant.
Mais aucun de nous n'avait connu pareil supplice. Nous marchâmes
ainsi jusqu'à la tombée de la nuit, fouillant les décombres de
temps à autre, pour trouver source d'eau ou chemin à l'abri de
l'air étouffant. Mais rien ne nous permettait de nous enfouir sous
le sol. Quelques fois nous attendions la course du soleil qui nous
permettrait d'avancer dans son ombre. Nos pieds étaient déjà
brûlés et le sommet de nos crânes, recouvert par nos dessus de
corps humidifié, n'étaient pas suffisamment protégés. Nos épaules
elles, nous ne les sentions plus.
Lorsque
la nuit tomba complètement, nous nous mîmes contre une pierre
d'assez haute taille, écroulée là par le temps, afin que le matin
ne nous assomme pas. Mais continuer sur la rive ouest nous exposerait
de toute façon. Il nous faudrait slalomer entre les ruines.
Je
ne puis dire que la nuit fut calme. Caroline sanglota toute la nuit.
Elle nous avait raconté qu'elle était parti pour voir sa mère à
l'hôpital, et qu' arrivée trop tard, celle ci était allée en
salle d'opération pour je ne sais plus quel problème. Caroline
avait culpabilisé de ne pas avoir été présente pour elle. Elle
répétait sans cesse que cela était sa punition, et qu'elle était
descendue aux enfers, que le diable l'avait emmenée, et qu'elle
l'attendait pour pactiser avec lui... La folie l'emportait. Elle ne
tarderait pas à nous attraper tous...
Étrangement,
personne ne se demandait pourquoi nous étions là. A part Caroline
qui s'étendait sur des sujet mystiquement morbides... On ne savait
pas où nous étions, ni pourquoi, ni comment on étais arrivés là.
Mais nous poser la question n'attiserait que panique. Si la réponse
ou un élément de réponse devait arriver, nous étions aux aguets.
Mais la situation nous demandait simplement d'avancer.
Le
temple était bien plus grand que nous l'aurions cru. Entre les
détours que nous devions faire pour éviter le soleil lourd et les
bâtissent écroulées, nous ne gagnions pas de temps...
Nous
étions partis dès que le ciel commençait à bleuir, le lendemain
matin, se tenant tous par la main pour ne pas trébucher sur les amas
de rocs. Les ombres formés par ce début de journée n'attisait pas
notre inquiétude. Mais au moins, nous n'étions pas en plein désert.
On avait rien, on était seul, seul dans un désert, seuls sans se
connaître, d'ailleurs, même si nous nous étions déjà connu, cela
n'aurait rien changé. Les peurs était là, la situation aussi.
L'homme
se sent entouré, a peur d'être seul, il se demande toujours ce
qu'il aurait fait si n'avait pas été accompagné... Et c'est vrai,
nous dépendons de l'autre. Aujourd'hui, nous sommes seuls face à
nos propres ressources, mais sans eux, eux que je ne connais pas...
Qu'aurais-je fait? Peut être la même chose... Mais bien plus
apeurée. Notre panique, nous la partageons. Nous la portons
ensemble, nous ne trébuchons pas. Du moins, sûrement
moins...
Nos
réserves d'eau faiblissaient considérablement. Et nous n'avions pas
retrouvé de source. On buvait le moins possible, à simplement s'
humidifier les lèvres et le front. La plus part de cette eau
s'évaporait...
Alors
que le soleil arrivait à son zénith, , nous pûmes nous reposer sur
un reste de marche d'escaliers qui semblaient débouchés sur ce qui
étaient avant une sorte de place ouverte. On était protégés par
une bâtisse tremblante, sous une toiture fissurée. L'ombre était
mince, nous étions tous serrés les uns contre les autres, et la
chaleur était mortelle. Julie s'évanouit. On lui donna de l'eau.
Caroline
hurla lorsque les rayons du soleil atteignit son pied. Et la faim
faisait son apparition.
La
chaleur ondulait sur le sol, nos visions devinrent floues. Laurent
avait perdu toute sûreté
en lui, appelant Maman. Maman...
« Des
fleurs. Y'a des fleurs. »
Neal
regardait dans la place devant lui, l'air vague, les yeux secs et
rougissants. Ses pupilles se dilataient et se refermaient sans
contrôle. Il hallucinait. Je pris son t-shirt et lui cacha les yeux.
Ils brûlaient.
« mets
ça devant tes yeux. Ne regarde pas. Arrête je te dis, c'est pas
vrai. Cache toi, putain. Neal arrête tu vas être aveugle! »
Je
jetais un rapide coup d'œil vers la place. L'hallucination n'était
pas loin non plus. Des formes couraient sur les murs et le sol, des
ombres, des lumières se dessinaient devant moi...
Nous
avions tous nos peurs, nos espoirs et nos vies qui défilaient dans
nos regards brûlés sur ces roches mortes.
Je
crois qu'à ce moment nous avions tous perdu connaissance.
Lorsque
j'ouvris les yeux, je vis Julie dormir sur mon épaule, les lèvres
blanche et le teint verdâtre. J'eus un hoquet de panique. Mais elle
se réveilla. Je pris alors les réserves d'eau, lui en donnait un
peu, bus à mon tour. Les autres se servaient.
L'ombre
était plus importantes que tout à l'heure et nous pûmes s'écarter
un peu les uns des autres. On se tenait bien trop chaud.
Alors
que les journées pouvaient sembler longues et interminables, le
manque de nourriture, d'eau et de vitalité nous faisait perdre
connaissance suffisamment de temps pour ne pas en avoir conscience.
Plus aucun de nous ne réfléchissait à ce que nous devions faire, à
comment s'en sortir, à même s'il était possible de sortir de là,
on avançait simplement, droit devant nous, dans les couloirs
d'ombres, affrontant nos vides intérieurs. Nous n'avions plus de
vie. Le temps d’un moment, moment bien plus long et intense que le
connu de l’espace temps, moment ou le temps lui même n’existe
plus, le temps d’un moment indéfini et infiniment vaste, nous
avions quitté le monde réel. Il ne subsistait que notre enveloppe
corporelle en décomposition et une volonté inconsciente d'aller au
devant de ce restant de vie. La vie... Quel est le but de
l'existence? Quelle était avant la raison qui nous faisait vivre.
Qu'est ce qui pouvait nous sembler insurmontable? Qu'est ce qui
pouvait nous faire perdre espoir? Pourquoi vivions nous? La vie tiens
à un fil. Un si mince fil. Et on s'acharne à tendre la corde encore
et toujours pour en connaître la source. Faut il être fou? La vie
est là, là, à l'intérieur de nous. Il n'y a pas de raison, pas de
pourquoi, pas de comment. Juste la vie. Et nous. Nous ne la
maîtrisons pas, nous ne sommes pas apte à comprendre, pas capable
de la visualiser. Nous sommes tous là, à chercher une satisfaction
inconnue et inexistante. Celle de vivre. Mais personne, personne ne
le perçoit, qu'il suffit juste de vivre.
Il
fallait avancer. Le soleil retrouvait son nid habituel, et nous nous
remîmes en route. On ne parlait presque pas, la gorge nouée de feux
impitoyables. Mais l'énergie qui nous unissait n'égalait aucune
parole de souffrance et de questions. Plusieurs heures s'écoulaient
sans que l'on ne voit le moindre aboutissement de ce temple
mortuaire. Nous ne le cherchions plus. L'eau manquait. Il ne restait
qu'une rasade. Et la nuit tomba bien vite. De sommeil et
d'épuisement, nous nous écroulâmes en plein chemin.
Le
soleil réveilla nos membres endoloris et le cri de Caroline alerta
le groupe. Elle était recroquevillée contre un mur, plein soleil,
sous sa veste, tentant de se protéger des rayons agressifs. Laurent
et Neal la soulevèrent pour la mettre à l'ombre de la parois ouest.
Quant
à Julie, on l'entendit hoqueter, les yeux exorbitée, regardant
droit devant elle et tremblante.
« Calme
toi, calme toi, qu'est ce qu'il y a? lui demandais-je.
- De... de.. aah... »
- De... de.. aah... »
Son
doigt pointait devant elle, et si nous n'avions pas tous vu la même
chose, nous n'aurions cru qu'à une hallucination.
Une
place devançait le temple. Suivit d'une ville. Et d'hommes, de
femmes, d'enfants.
Lorsque
nous nous en approchions, un homme d'une trentaine d'année, brun, un
charisme exceptionnel, mal rasé, des yeux clairs qui semblaient
connaître un pays lointain, et des choses lointaines, nous
applaudit. Puis disparut dans les tourbillons de chaleurs.
Les
hommes nous regardaient d'un air incrédule. Dans leurs visages ne
brillaient que la morne image de leur appareil photo et l'image que
leur reflète leur vie.
« oh
regarde ils sont bizarre!
- Mais qu'est ce qu'ils ont?
- Encore des jeunes qui fument!
- Waaaaaaaaaaaaaaah la tête!! ahah!
- Eh c'est un site historique, pas un hôtel de débauche!
L'humain...
Ne voit que ce qui subsiste aujourd'hui, mais pas la profondeur de ce
qui fut.
L'humain...
Ne voit que ce qui semble, et non ce qui est.
L'humain...
Ne sait pas vivre. Il n'a que le mirage de le faire.
Et
nous... Que voyons nous?


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