La
bipolarité.
Il s'est passé
quelque chose d'étrange à mes 12ans.
D'un côté il y
avait le rejet de mes camarades. Puis après, il y a eu le décès de
ma grand-mère paternelle. A ce moment-là, je n'avais plus qu'une
demi-famille. Car lorsqu’elle est décédée, tous les cousins, la
famille plus éloignée, m'ont tourné le dos. J'avais grandi dans
une famille aimante, et sans explication, je me suis retrouvée
seule. Seule avec un héritage dont tous étaient jaloux. Et dont je
ne voulais pas. Je voulais une famille. Et je me suis sentie rejetée.
Reniée. La petite Bordes partait enfin, la famille de Varennes était
dessoudée. Comment comprendre ? Je ne perdais pas seulement une
personne chère à mes yeux, mais toute une famille. Et toute ma
région natale. Je n'étais plus chez moi. Je n'étais plus la
bienvenue. J'étais une orpheline de mon village.
A ce moment, au
collège, nous avons regardé un film. The Wall de
Roger Waters (Pink Floyd).
Mais ce film, je
ne l'ai pas appris comme j'aurais dû. Ce film, il a fini de
bouleverser ma vie. J'y voyais un mur entre deux personnes. J'y ai vu
la division de ce qu'on l'on est en soi. J'y ai vu la déchirure de
la personnalité à cause de son passé. J'étais déchirée en deux
par ma vie, et je voyais la folie de la déchirure intérieure. Et
j'y ai pris goût.
J'ai créé un
personnage, une sorte d'idylle. Elle portait un nom, un visage, et
une force que je n'avais pas. J'avais mon alter ego, celui que je
voulais devenir. Et cet alter ego allait me guider, à devenir
« elle ». Forte, aimée. Je ne ressentirais alors que ce
que je voudrais ressentir. La souffrance n'existerait plus, parce que
je le déciderais, et les autres, ressentiraient ce que je
déciderais. Les rôles allaient changer. Je serais au-dessus d'eux.
Parce que de les observer, je les avais compris. Leurs réactions,
leurs émotions. Et ce qui les déclenche. J'apprenais l'humain. Et
je pourrais m'en servir. « Elle » m'apprendrait... Et
j'ai appris. Et j'ai changé.
C'était une
sensation de force cachée. Je conversais avec moi-même, j'écrivais
d'une main « elle » répondait de l'autre. Comment
penser ? Comment évoluer ? Comment lâcher prise sur ce
que je ne voulais pas ressentir. Comment juger. Comment me détacher.
Comment observer. Comment devenir ce que je voulais être. Tout était
en perpétuelle évolution. Et durant trois années, j'ai changé. Je
suis devenue féminine, je me suis maquillée, j'ai ri à ce que les
autres trouvaient drôles, et j'ai commencé à écouter les malheurs
des autres pour obtenir leur amour.
Lorsque je suis
arrivée en seconde, j'ai changé de ville. Je pouvais devenir qui je
voulais. Alors je me suis présentée comme « elle ».
Mais j'étais encore très réservée. Question de temps. En moins
d'un an, j'obtenais ce que je souhaitais.
J'ai eu mon
premier petit copain, sérieux. Mes premières expériences. Il me
trompait et je l'aimais comme une dingue. Je semblais faible,
soumise. Mais j'ai fait pire. C'est lui, qui était trompé. Et moi,
je ressentais de la douleur, mais jamais de regret. Et cette douleur
m'apprenait à avancer encore.
Puis un jour, je
me suis dit, que j'étais devenue qui je voulais être, j'étais
devenue forte. Je n'avais plus besoin « d'elle ». Mais
elle n'a pas voulue partir. Elle représentait la manipulation de
l'autre. C'était trop tentant... Et la guerre intérieure a
commencé. Je voulais être bien. Et sans pouvoir le contrôler,
quand l'émotionnel devenait trop dur à gérer, « elle »
prenait le relais.
Au réveil,
j'étais perdue. Mal dans ma peau. Les actes que j'avais faits ou
qu' « elle » faisait n'étaient pas qui je voulais
être.(reprends ta phrase, pas claire)
Cette guerre
intérieure a duré jusqu'à mes vingt ans à peu près.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire